Révolution collaborative : vers une société latérale

Revolution-collaborative-vers-une-societe-laterale-112626-1L’esprit coopératif, libéré par les nouvelles technologies et les énergies renouvelables, restructure les organisations hiérarchiques traditionnelles et annonce un modèle organisationnel latéral.

Etats, entreprises et consommateurs sont criblés de dettes. Pourtant, cette vie à crédit, c’est à dire au dessus de ses moyens, a des effets lourds et pernicieux sur les économies et la société. D’un coté, nos enfants, déjà menacés par un chômage endémique, sont condamnés à rembourser les dettes des générations précédentes avant même d’entrer dans la vie active. De l’autre, un milliard d’êtres humains des pays en voie de développement sont contraints à la famine à cause du mode de vie et de consommation que mènent l’occident et les états riches.

Parallèlement à ces injustices et instabilités des économies, le changement climatique, lié en grande partie à l’utilisation des énergies fossiles par l’activité industrielle, a atteint des niveaux dangereux pour notre planète. Les scientifiques nous mettent en garde. Les écosystèmes du monde entier sont gravement menacés au point d’entrevoir une extinction massive des formes de vie végétales et animales, jusqu’à notre propre espèce. Il devient de plus en plus clair qu’il faut une nouvelle logique économique, capable de nous faire entrer dans un futur plus équitable et durable au double sens du terme.

Démarrer une nouvelle ère

Nous devons revenir à un état d’équilibre normal, logique, naturel et surtout juste. Démarrer une nouvelle ère caractérisée par un comportement coopératif, les réseaux sociaux et les petites unités de main-d’œuvre technique et spécialisée. Les organisations hiérarchiques traditionnelles du pouvoir politique et économique sont d’une autre époque, aujourd’hui totalement dépassée. Un pouvoir latéral à la structure nodale, c’est à dire semblable à celle des neurones du cerveau ou au maillage des réseaux sociaux, doit prendre place à travers toute la société.

L’idée de pouvoir latéral peut paraitre contradictoire en soi. Traditionnellement, le pouvoir s’organise verticalement : c’est une pyramide. Mais aujourd’hui, l’esprit coopératif libéré par la conjonction des nouvelles technologies de communication, d’internet et des énergies renouvelables restructure fondamentalement les relations humaines.  Dans les familles et les bureaux, celles-ci ne vont plus du haut vers le bas mais d’égal à égal. Les conséquences d’une telle pratique sont immenses pour l’avenir de la société. La génération Y et ses pratiques en sont la meilleure démonstration.

Comme le décrit Jeremy Rifkin dans son ouvrage sur la troisième révolution industrielle, les aspirations de notre civilisation sont sur le point de changer et ce pour le bien des générations à venir.

jeremy-rifkin-la-troisieme-revolution-industrielleProchainement, l’activité économique sera de plus en plus supervisée par la technologie intelligente, ce qui permettra à une grande partie de l’humanité, libérée de ces taches, de créer du capital social dans une société civile à but non lucratif […] L’activité économique restera essentiellement à la survie, mais elle ne suffira plus à définit les aspirations humaines. Si […] nous réussissons à satisfaire – un grand si – les besoins physiques de notre espèce, les préoccupations transcendantes deviendraient une force motrice toujours plus importante de la période suivante de l’histoire de l’humanité.

La nature coopérative de la nouvelle économie est fondamentalement contraire à la théorie économique classique selon laquelle l’intérêt personnel est le seul moyen efficace de dynamiser les marchés et donc la croissance économique. Elle exclut tout autant le dirigisme centralisé des économies socialistes traditionnelles. Le nouveau modèle d’entreprenariat social favorise les entreprises latérales pour lesquelles l’intérêt commun est la meilleure façon de parvenir au développement économique durable. Avec lui, entreprendre et coopérer ne paraissent plus contradictoires, mais au contraire le moyen incontournable de réordonner la vie économique, sociale et politique. Déjà aujourd’hui, des entrepreneurs sociaux, issus des universités du monde entier, créent de nouvelles activités à cheval entre secteurs lucratifs et non lucratifs, des entreprises hybrides qui deviendront selon toutes logiques de plus en plus courantes dans les années à venir.

L’ONG Ashoka est à la fois une parfaite illustration de l’entreprenariat social mais également l’un de ses ambassadeurs. Son but est de faire émerger Ashoka un monde où chacun, via l’entreprenariat social, est capable d’agir rapidement et efficacement pour répondre aux grands défis sociétaux. Il s’agit de détecter, d’encourager et de financer les acteurs de changements dans les domaines de l’éducation, du développement durable et de la lutte contre les discriminations. Bill Drayton, le fondateur d’Ashoka, résume ainsi la philosophie de son organisation : « On ne doit ni donner le poisson, ni apprendre à l’autre à pêcher mais révolutionner la pêche ! ». En trente ans, l’ONG a ainsi aidé près de 2000 entrepreneurs dans plus de soixante-dix pays. Pour identifier les entrepreneurs sociaux, Ashoka utilise une approche de capital-risque philanthropique, avec une sélection longue et rigoureuse, pour s’assurer de la nouveauté de l’idée et de la qualité entrepreneuriale du candidat. Puis l’ONG apporte un soutien financier et professionnel pendant trois ans, et garantit un accueil à vie au sein de son réseau international. Ashoka se passe de financement public et fait appel exclusivement au mécénat. Bill Gates (Microsoft), les sociétés SFR, Boehringer Ingelheim, Rexel et GDF notamment apportent leur soutien. Parmi les centaines de réalisations sociales, Ashoka accompagne à titre d’exemple en France Guillaume Bapst qui dirige les 400 épiceries sociales du réseau Andes (Association Nationale de Développement des Épiceries Solidaires) pour permettre aux personnes en difficulté de faire leurs courses à prix modique.

De nos jours, les patrons de PME penchent plutôt vers une sensibilité politique de droite, les syndicats vers la gauche, tandis que les coopératives et associations de consommateurs se répartissent sur tout l’éventail politique. La nature de la nouvelle économie les rassemble toutes pour en faire une puissante force latérale nouvelle. Puisqu’elle est distribuée et coopérative par nature, la société latérale est plus adaptée aux millions de micro-entrepreneurs et de consommateurs qui unissent leurs intérêts dans des entreprises coopératives. Lorsque des millions de petits acteurs seront connectés dans des réseaux distribués et coopéreront à travers les secteurs et les industries, une nouvelle force économique considérable apparaitra. Dans l’Union Européenne, 80% des créations d’emplois ont été offertes ces dernières années dans des PME de moins de 250 salariés. Si ces entreprises se liaient entre elles et collaboraient au sein de réseaux commerciaux intégrés d’envergure internationale, l’effet multiplicateur latéral à long terme pourrait bien éclipser les gains économiques réalisés par des firmes centralisées et hiérarchiques, tout comme les réseaux sociaux distribués et coopératifs écrasent aujourd’hui les média verticaux traditionnels.

La société latérale est la clé de notre survie, à commencer par économique. Elle est une tendance lourde et profonde de notre époque et doit être encouragée, voire soutenue, par les gouvernements. Plus vite les pays l’embrasseront, plus vite sortiront-ils de la crise, et ce, de façon durable.

Article également publié sur Les Echos

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    Stephane Delaporte
    Créativiste* hyperactif, passionné et connecté, théoricien et auteur du Monde 3.0, évangéliste des nouvelles technologies, protecteur de l'environnement, adepte de l'autosuffisance énergétique et alimentaire, croyant en la génération Y, grand fan de TED, ... mais agnostique dans l'âme.

    * : Personne dont toute l'énergie est tendue vers l'unique but de créer
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