1.3 L’Aube de la Troisième Révolution Industrielle

La transformation du monde du travail, de ses modes et de ses types a été étroitement liée aux trois révolutions industrielles amenées par la vapeur, le pétrole puis les énergies renouvelables.  Le concept de troisième révolution industrielle vient de Jeremy Rifkin, un essayiste américain et conseiller de nombreuses personnalités politiques importantes sur l’ensemble des continents. Son travail, basé sur une veille et une réflexion prospective, est porté sur l’exploration des potentialités scientifiques et techniques nouvelles, sur leurs impacts en termes sociétaux, environnementaux et socio-économiques.

Jeremy Rifkin pense que les nouvelles technologies de communications et d’énergies vertes nous positionnent à l’aube d’une nouvelle ère énergétique très inspiré de l’architecture du Web. Sa théorie se base avant tout sur l’observation et l’analyse. Il œuvre depuis une vingtaine d’année pour que sa vision et ses préceptes soient adoptés par les pays.

Jeremy Rifkin associe les grands changements et bouleversements économiques des deux siècles passés aux deux premières révolutions industrielles et la troisième à cheval sur la fin du vingtième et début du vingt et unième siècle. Selon lui, les grandes révolutions économiques de l’histoire se produisent quand une nouvelle technologie de communication rencontre un nouveau système énergétique. La première révolution industrielle a vu converger la machine à vapeur avec l’imprimerie. La presse à cylindres actionnée à la vapeur, puis la rotative et la linotype ont considérablement accru la vitesse d’impression et tout autant réduit les coûts. Les imprimés – journaux, revues et livres – ont proliféré en Europe et en Amérique, ce qui a encouragé l’alphabétisation de masse pour la première fois dans l’histoire.

La seconde révolution fut celle du mariage du moteur à combustion avec la communication électrique (téléphone, radio, télévision), donnant naissance à une société basée sur le pétrole, la voiture et la production en série. En deux décennies, des routes et autoroutes  ont été construites sur de vastes parties du territoire, et les familles ont commencé à s’installer dans de nouvelles localités suburbaines qui, encore quelques années plus tôt, étaient des hameaux isolés. Des milliers de kilomètres de lignes téléphoniques ont été posées, puis sont venues la radio et la télévision.

Aujourd’hui les énergies renouvelables et Internet se rencontrent. Sur ce socle émerge la troisième révolution industrielle qui doit permettre de sortir de l’impasse économique et écologique et transforme radicalement nos manières de vivre, de produire et de travailler. Elle serait la troisième et dernière révolution industrielle et représenterait une remarquable opportunité historique. Elle devrait permettre à des millions d’êtres humains de produire leur propre énergie verte dans leurs maisons, leurs bureaux et leurs usines afin de la partager entre eux sur des réseaux intelligents d’électricité distribuée, de la même façon qu’ils créent déjà aujourd’hui leur propre information et la partage sur Internet. Cette troisième révolution constituerait donc la dernière phase de la saga industrielle et la première étape de l’ère collaborative. C’est l’étape charnière entre deux périodes de l’histoire économique. Comme l’ère industrielle a mis fin au servage, l’ère coopérative mettra probablement fin au salariat de masse. La troisième révolution permettra donc de créer des millions d’emplois et d’entreprises. Mais une fois installées, ces nouvelles infrastructures ne nécessiteront, pour fonctionner, que quelques petites équipes ultra-spécialisées chargées de programmer et surveiller des systèmes technologiques intelligents. La technologie remplacera les travailleurs. Ce mouvement est déjà en marche. On produit aujourd’hui aux Etats-Unis plus de biens et de services qu’avant la récession de 2008 avec 5 millions de travailleurs en moins. Il faudra alors repenser le travail. La société civile deviendra la principale source d’emploi, le capital social remplacera le capital financier. La troisième révolution industrielle n’est pas une panacée qui guérira la société de ses maux ni une utopie qui nous conduira à la Terre promise. C’est un plan économique pragmatique qui devrait permettre de relever la plupart des défis auxquels nous sommes confrontés : le climat, l’emploi, la qualité de vie… Il n’est pas parfait et sa réussite n’est pas garantie mais aucun Plan B n’existe à ce jour.

Jeremy Rifkin indique que la troisième révolution industrielle repose sur cinq piliers. Le premier est le développement de systèmes de production d’énergies renouvelables. Les types de solutions sont nombreux : panneaux solaires photovoltaïques ou thermiques, éoliennes de toutes tailles et de tous types, systèmes de marées motrices, centrales géothermiques, … Dans un premier temps, la logique a été de créer des parcs solaires géants dans les régions ensoleillées et des fermes éoliennes là ou le vent souffle constamment. Si cette démarche est nécessaire, elle ne suffit pas à couvrir nos besoins. Heureusement, et contrairement au charbon ou au pétrole, les énergies renouvelables se trouvent partout et à l’infini. Vient donc le second pilier : la démocratisation de la production électrique. Il faut transformer chaque bâtiment en microcentrale électrique. Chaque maison, chaque habitation, chaque immeuble administratif ou de bureau doit collecter, sur site, le soleil sur son toit, le vent sur ses murs, transformer ses ordures en biomasse, exploiter la chaleur géothermique sous ses fondations… Des géants du BTP, Bouygues en tête, se sont déjà attelés à la tâche. Maintenant, le souci vient de l’irrégularité des énergies renouvelables. En effet, le soleil ne brille pas toujours et le vent ne souffle pas en permanence. Le troisième pilier est sans doute le plus complexe à maîtriser, il s’agit du stockage de l’énergie. La technologie de l’hydrogène est, à ce jour, la plus prometteuse et de nombreuses solutions arrivent sur le marché. Il faut ensuite trouver le moyen de distribuer l’ensemble de l’énergie produite par ces millions de bâtiments. Le quatrième pilier est fondamentalement coopératif. Il s’appuie sur la transformation du réseau électrique en un Internet de l’énergie où chacun pourra vendre et acheter son électricité. Enfin, le dernier et cinquième pilier concerne le transport, avec le déploiement de véhicules propres, électriques ou à hydrogène, raccordables au réseau. Ces cinq piliers doivent être mis en place simultanément, sinon leurs fondations ne tiendront pas. Faute de l’avoir compris, l’économie verte de certains pays échoue et ce malgré les milliards de dollars ou d’euros investis.

Selon Jeremy Rifkin, nous avons atteint le « pic de la mondialisation » en Juillet 2008. Désormais, chaque fois que la croissance repartira, le prix de l’énergie augmentera et, à 150 $ le baril, l’économie s’arrêtera de nouveau. Des cycles courts de reprise et de rechute s’enchainent, sans pouvoir en sortir. Les gouvernements multiplient les réformes fiscales, bancaires… mais ils passent à côté de l’essentiel : l’agonie d’un modèle économique fondé sur le pétrole abondant et bon marché. Depuis 1979, la quantité de pétrole disponible par habitant diminue. La consommation de pétrole est trois fois et demi supérieure au volume des nouveaux gisements découverts. Les réserves s’épuisent alors que la demande de la Chine et de l’Inde explose. A cela, s’ajoute la facture entropique des deux premières révolutions industrielles : le changement climatique, dont nous avons tous sous-estimé la rapidité. Selon les scientifiques, notre ère serait à l’aube de la sixième extinction de masse. Une nouvelle vision économique et un plan d’action d’urgence doivent permettre à notre civilisation de sortir du carbone d’ici 30 ans.

La troisième révolution industrielle est notre planche de salut et selon Jeremy Rifkin la dernière chance de notre société à repartir du bon pied et ce de façon pérenne. Elle est à ce jour le seul moyen sérieux devant permettre à notre civilisation de sortir du carbone et de construire une économie qui ne soit plus fondée sur le pétrole abondant et bon marché mais sur les énergies renouvelables, les technologies d’Internet et la collaboration.

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

  • A propose de l’auteur

    Stephane Delaporte
    Créativiste* hyperactif, passionné et connecté, théoricien et auteur du Monde 3.0, évangéliste des nouvelles technologies, protecteur de l'environnement, adepte de l'autosuffisance énergétique et alimentaire, croyant en la génération Y, grand fan de TED, ... mais agnostique dans l'âme.

    * : Personne dont toute l'énergie est tendue vers l'unique but de créer
  • Contacter l’auteur

  • Entrer votre adresse email pour recevoir nos notifications de publication

  • Le Monde 3.0 sur

    Monde 3.0 - Stéphane Delaporte
%d blogueurs aiment cette page :