1.2 Des champs à l’usine au bureau à la maison

Le monde de la famille n’est pas le seul à avoir connu une profonde transformation. Celle du travail a commencé plus tôt et a nécessité plus de temps. Cette transformation a été étroitement liée aux trois révolutions industrielles amenées par la vapeur, puis le pétrole et enfin les énergies renouvelables. En un peu plus d’un siècle et demi, notre pays est passé d’une économie fondée sur l’agriculture et l’artisanat à une industrie dominante, avant de connaître un formidable développement des services où s’est amorcé le déclin dans la population active des ouvriers au profit des employés et des cadres.

Les sociétés européennes se sont trouvées engagées, il y a près de deux siècles, dans un cycle de mutations économiques sans précédent. A la fin du XVIIIème siècle, une révolution industrielle basée sur les innovations techniques telles que la machine à vapeur, le métier à tisser, les procédés métallurgiques et l’utilisation du charbon a vu le jour. Elle fut suivie au tout début du XXème siècle par une seconde révolution fondée sur le pétrole, l’électricité, l’acier et l’automobile. Aujourd’hui, plus particulièrement depuis les années 1990, une troisième révolution fondée sur les énergies vertes, sur l’électronique et les réseaux se met en place. Ces trois révolutions industrielles, bien que de nature totalement différentes, identifient les mêmes mutations : nouvelles énergies, innovations techniques dans les modes de production, nouveaux moyens de communications plus accessibles et transformations sociales.

C’est au cours du siècle dernier que le travail a connu les plus profonds bouleversements. Pendant des siècles, les trois-quarts de la population française vivaient à la campagne. Mais le XXème siècle a connu de profonds bouleversements : déclin du monde agricole et artisanal, diminution des ouvriers, montée des employés, féminisation, exode rural couplé à un renforcement de l’urbanisation.

Au sortir de la seconde guerre mondiale, la France poursuit et amplifie l’évolution amorcée. Mécanisation du travail et technologies de plus en plus performantes riment avec mutations des structures agraires et bouleversement du travail paysan. La petite exploitation familiale décline de façon irréversible face aux grandes exploitations. De 36 % de la population active en 1946, la part des actifs agricoles décroît jusqu’à représenter aujourd’hui moins de 4 % de la population. La diminution du nombre d’agriculteurs s’opère principalement à l’occasion de la transmission du patrimoine. Si la civilisation paysanne a disparu, il n’en reste pas moins que l’agriculture demeure en s’industrialisant. Le paysan est devenu un agriculteur, un producteur mettant en jeu des technologies très avancées et un gestionnaire.

De son côté, le monde ouvrier connaît également de nombreuses évolutions. C’est au XIXème siècle, avec la première révolution industrielle, les manufactures et les mines, qu’une nouvelle classe émerge : celle des ouvriers, travaillant dans des conditions souvent précaires. Les mineurs, les ouvriers du textile, les sidérurgistes sont les figures emblématiques de ces premières classes laborieuses. Puis, la crise économique de 1974, concomitante au premier choc pétrolier, marque le début d’un long processus de réduction de l’emploi industriel. Les industries les plus anciennes et les plus traditionnelles subissent les plus lourdes pertes : sidérurgie, mines, textile, cuir, bois… En dix ans, plus d’un million d’emplois industriels disparaissent. De près de 9 millions au début des années soixante-dix, le nombre des ouvriers est aujourd’hui de l’ordre de 6 millions de personnes. S’ils demeurent l’un des groupes sociaux les plus importants, les ouvriers ne forment plus une catégorie sociale homogène, dotée d’une identité forte et de solides organisations syndicales. Les grands bastions syndicaux (les mines, la sidérurgie, l’automobile) ont disparu avec les restructurations des années 1970-1990.

Les employés, vendeurs, secrétaires, guichetiers, agents de l’administration commencent à se développer au début du XXème siècle avec l’essor des grands magasins, des banques et des administrations comme la poste et la justice. C’est le début de l’expansion continue du secteur tertiaire. Mais c’est à partir de la seconde guerre mondiale que les emplois de bureau, les métiers de l’enseignement et de la santé se multiplient. Au début des années soixante, ils prennent un véritable envol : commerces, entreprises et administrations créent en France quelque 250 000 nouveaux postes par an. L’autre élément marquant est la place croissante des femmes qui arrivent sur le marché du travail pour intégrer directement les emplois émergents du secteur tertiaire, alors que la population ouvrière demeure plus masculine. Les cadres (ingénieurs, commerciaux, administratifs) et les professions intermédiaires (infirmières, techniciens supérieurs, informaticiens, enseignants, etc.) ont également connu une très forte croissance depuis la guerre.  A titre de comparaison, alors que le nombre d’employés a plus que doublé depuis les années soixante, celui des cadres et des professions intermédiaires presque triplait.

Alors que les catégories sociaux-professionnelles ont connu de multiples transformations dans le temps, les outils et modes de travail ont évolué plutôt tardivement. Internet en est la raison, la cause, ainsi que le moyen. Son influence s’exerce essentiellement dans le secteur tertiaire où il a permis la mobilité des personnes, une dématérialisation de l’infrastructure informatique avec le Cloud et le formidable essor du télétravail. Il s’agit de travail à distance rendu possible par l’essor des technologies de l’Internet et de sa téléphonie (téléphonie sur IP, ADSL, 3G, 4G, …). Le télétravail concerne au premier chef les salariés qui exercent régulièrement hors de leurs bureaux ainsi que les cadres. Les autres télétravailleurs sont des non-salariés – travailleurs indépendant ou freelance et auto-entrepreneurs – qui n’ont a priori comme seul lieu de travail que leur domicile, mais dont l’essor a été rendu possible grâce à Internet.

En France, les télétravailleurs sont encore moitié moins nombreux que la moyenne européenne. Selon les dernières statistiques consacrées, qui datent de 2004, ils représentaient 7,4% des 22 millions de salariés dont 440 000 (2%) à domicile et 1,1 million (5,4%) de nomades -les non-salariés, freelance et auto-entrepreneurs n’étant pas pris en compte. Une estimation sur la période 2000-2010 porterait le nombre de télétravailleurs à 8,9% parmi la population salariée pour au minimum huit heures de télétravail, soit un jour par mois.

Le monde du travail change donc en profondeur, la majorité des emplois se trouve aujourd’hui dans le « jeune » secteur tertiaire. Les métiers y sont moins rudes, moins physiques et le télétravail est de plus en plus considéré comme une alternative intéressante au bureau à la fois pour l’employeur et pour l’employé. Pour le premier, le télétravail facilite l’installation en open-space, c’est à dire d’avoir des bureaux répartis sur un espace de travail ouvert, où les bureaux ne sont pas attitrés mais en libre-service. Cela permet de réduire l’espace de travail est donc l’ensemble des coûts d’espace et de fonctionnement associés. Autre aspect bénéfique pour l’employeur est que le télétravailleur travaille plus et plus longtemps : pas de discussions avec les collègues à la machine à café ou bien de pauses cigarette, rien pour le déconcentrer, … Pour l’employé, le télétravail est gage de qualité de vie : un réveil plus tardif, pas de stress dû aux embouteillages ou au retard des transports en commun, pas de dépenses superflues à la cantine ou au restaurant, … Avec le développement continu du secteur tertiaire, des nouvelles technologies mais également du coût des mètres carrés de bureaux, le télétravail va prendre de plus en plus de place avec le temps et les habitations commencent déjà à s’organiser en ce sens.

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    Stephane Delaporte
    Créativiste* hyperactif, passionné et connecté, théoricien et auteur du Monde 3.0, évangéliste des nouvelles technologies, protecteur de l'environnement, adepte de l'autosuffisance énergétique et alimentaire, croyant en la génération Y, grand fan de TED, ... mais agnostique dans l'âme.

    * : Personne dont toute l'énergie est tendue vers l'unique but de créer
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